Historique
De l’usine à la friche artistique, pour aboutir au théâtre de tous les possibles, la Cour des 3 Coquins a connu plusieurs périodes, franchi plusieurs étapes… sans jamais se départir de son identité de « lieu des artistes ».
Les années 90 : de l’usine à la friche
Au début des années 90, le travail de création des compagnies clermontoises se fait dans des conditions de grande précarité : locaux exigus, non chauffés, sans possibilité d’accueil public… Les salles de la Métropole que l’on connaît aujourd’hui n’existent pas encore.
Mues par un désir de trouver des conditions de travail adaptées, deux compagnies, le Théâtre du Pélican et L’Œil Écoute, se mettent en recherche d’un lieu, et découvrent, rue Agrippa d’Aubigné, une ancienne usine désaffectée, propriété d’une entreprise de construction de cabines téléphoniques.
Après plusieurs années de négociations, la Ville acquiert le terrain, et choisit de mettre les locaux (à l’époque, des hangars), à disposition des compagnies clermontoises. Les bâtiments restent vétustes et non adaptés au spectacle vivant. Les compagnies s’attachent alors les services d’un architecte, Georges Bacconier, afin de réaliser la première tranche de travaux, avec la promesse que ce lieu resterait un lieu de fabrique et non un lieu de diffusion.
La salle Kantor et la salle Strehler sont créées.
Le Théâtre du Pélican et L’ Œil Écoute s’installent dans les murs. D’autres compagnies, comme le Wakan Théâtre, les Ateliers du Capricorne ou Jeanne Bouillotte, viennent rapidement y trouver un lieu de travail, et un lieu d’échanges. C’est cette fameuse « cour », qui est déjà là, où l’on vient prendre un café, fumer une cigarette, et partager avec les autres artistes.
En 1994, l’Association de la Cour des Trois Coquins est fondée.
« Mais alors, pourquoi ce nom ? »
C’est une question qui revient souvent !
Le nom vient tout d’abord du Pont des Trois Coquins, tout proche, au-dessus de l’Avenue Édouard Michelin, lui-même donné en mémoire de trois résistants clermontois fusillés à cet endroit, dit-on.
Par ailleurs, à l’époque, le projet est porté par trois metteurs en scène : Bruno Castang et Pierre Giraud, du Théâtre du Pélican ainsi que Dominique Freydefont, de l’ Œil Écoute.
Le rappel à la Résistance, les trois camarades : le nom est trouvé, et ne changera plus.
Le lieu s’ouvre et se structure
Après la première phase de travaux, le lieu n’était pas censé être adapté pour recevoir du public… Mais qu’est-ce qu’un théâtre sans public ?… Peu de choses !
Le lieu va donc s’ouvrir et accueillir ses premiers spectateurs dès 1998. Il s’ouvre sur des temps de spectacles, des sorties de résidences, ou des actions culturelles, comme c’est encore le cas aujourd’hui. À partir de 2000, la Compagnie D.F., organise Les Anatolies, vaste projet théâtral avec les habitants partant de la Cour des 3 Coquins et irriguant tout le quartier Anatole France. Cet événement festif se poursuit pendant une vingtaine d’années, et va fortement marquer le quartier par ses créations réunissant comédiens professionnels et amateurs.
Flyer du premier spectacle donné à la Cour ouvert au public, en 1998
2004 – 2016 : vers un théâtre de tous les possibles
Au début des années 2000, la Ville décide de reprendre la Cour des 3 Coquins en régie directe et engage une nouvelle et importante phase de travaux. Réalisés par le cabinet Fabre et Speller, supervisés par Pierre Mauchien, alors directeur des équipements techniques à la Ville de Clermont-Ferrand après avoir travaillé du côté des compagnies, ces travaux vont transformer ce lieu en théâtre de tous les possibles. La salle Beckett est créée, entièrement modulable, ainsi que la salle Mnouchkine pour les ateliers, et la salle Renaud pour l’accueil public. Le parc de matériel est renouvelé, les conditions d’accueil transformées.
La C3C « Nouvelle formule » ouvre ses portes le 20 janvier 2007.
Une équipe technique municipale est affectée au lieu, au départ constituée de Jacques Favier et Jean-Marc Maucourt (aujourd’hui encore directeur technique du lieu). Les artistes sont accueillis et accompagnés sur le plan technique. La Cour est le lieu où toutes les expérimentations sont permises, où l’on peut tenter, chercher, essayer. Mais les compagnies se produisent toujours en auto-diffusion, et le travail de communication et de relations aux publics reste de leur ressort.
2016 – aujourd’hui
À partir de 2016, les missions de la Cour s’étoffent. L’arrivée d’une équipe de médiation permet d’engager un travail régulier en direction des publics, de prendre en charge la billetterie et la communication. Le nombre de compagnies accueillies augmente pour arriver à une trentaine chaque année. Les liens avec le service central de la Culture de la Ville se renforcent afin de former un projet cohérent : mieux accompagner les projets des compagnies travaillant sur le territoire, depuis leur financement jusqu’à leur réalisation technique et leur rencontre avec le public. Il ne s’agit plus seulement de mettre des salles à disposition, mais de suivre et d’accompagner les projets, sur le temps long. L’accompagnement n’est plus uniquement technique mais il peut aussi être administratif, logistique, artistique, en fonction des besoins. L’implantation territoriale est, en ce sens, essentielle, en ce qu’elle permet de travailler dans le temps ce long tissage de liens de confiance et d’échanges professionnels. Elle permet aussi d’envisager des liens différents avec le public, dans un rapport renouvelé, où le public est aussi en regard de la création.
Les locaux évoluent encore, pour laisser la place à des espaces partagés permettant de créer du commun : le foyer, le bureau des compagnies, le centre de documentation.
Des partenariats sont mis en place avec d’autres institutions culturelles : Boom’Structur - CDCN, Service Université Culture, Graines de Spectacles – saison jeune public de la Ville qui se programme aussi à la Cour.
Si la C3C a aujourd’hui tout d’un théâtre « classique » (en mieux !), son projet n’en reste pas moins singulier, marqué fortement par son identité de départ de « lieu des artistes », de lieu de fabrique et de création. L’histoire continue, avec certaines compagnies fondatrices toujours présentes, et de nouvelles générations d’artistes, qui trouvent ici un lieu d’ancrage, de compagnonnage, et d’expérimentation.